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Pollution du streaming : les vrais chiffres

Non, une heure de Netflix n'égale pas un trajet en voiture. Les vrais chiffres de la pollution du streaming, sourcés IEA, Carbon Trust et ADEME.

Par Jean Weber

Diorama en papier découpé rétroéclairé, un bouton play sur un nuage au-dessus de collines et des volutes de fumée en papier, illustrant l'empreinte carbone du streaming
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« Une heure de Netflix émet autant qu'un aller-retour en voiture. » Vous avez forcément croisé cette affirmation. Elle est fausse, et on sait pourquoi. Voici les vrais chiffres de la pollution du streaming, et les gestes qui comptent.

D'où vient le mythe « Netflix = voiture » ?

Le chiffre viral vient d'un rapport du think tank français The Shift Project publié en 2019 : 1,6 kg de CO2 pour 30 minutes de vidéo, repris par des dizaines de médias sous la forme « une demi-heure de Netflix = 6 km en voiture ». Le calcul contenait une erreur d'unité entre bits et octets, un facteur 8, que le Shift Project a reconnue et corrigée en juin 2020.

L'Agence internationale de l'énergie (IEA) a démonté le chiffre point par point. Son analyste George Kamiya aboutit à un résultat environ 90 fois plus bas : 36 g de CO2 pour une heure de visionnage en 2019, soit quelques centaines de mètres en voiture, pas plusieurs kilomètres.

Combien pèse vraiment une heure de streaming ?

Les estimations sérieuses convergent vers quelques dizaines de grammes de CO2e par heure. L'IEA calcule environ 36 g pour une heure de streaming (moyenne mondiale 2019). Le Carbon Trust, dans son livre blanc de 2021, arrive à environ 55 g CO2e par heure en moyenne européenne : l'équivalent de trois bouilloires portées à ébullition. L'écart entre les deux tient aux hypothèses (mix électrique, part de l'écran attribuée au visionnage), pas à un désaccord de fond.

À l'échelle d'un pays, l'étude Arcom-Arcep-ADEME de 2024 chiffre les usages audiovisuels des Français à 0,9 % de l'empreinte carbone nationale et 2,9 % de la consommation électrique. Les comparaisons choc trompent souvent sur les ordres de grandeur : on l'a vu aussi avec la consommation des modèles d'IA.

Pourquoi votre écran pèse plus lourd que le réseau

L'essentiel de l'empreinte du streaming se joue dans votre salon, pas dans un data center. La même étude Arcom-Arcep-ADEME attribue aux terminaux, téléviseurs en tête, 72 à 90 % des impacts environnementaux selon l'indicateur, contre 9 à 26 % pour les réseaux et 1 à 3 % pour les data centers. Le Carbon Trust confirme : l'appareil de visionnage représente à lui seul plus de la moitié de l'empreinte.

La raison, c'est la fabrication. Un téléviseur grand format concentre une grosse part de son empreinte avant même d'être allumé, dans l'extraction des matériaux et l'assemblage. Les data centers, ces usines du numérique qu'on imagine surchauffées, ne pèsent presque rien ici.

Quels gestes réduisent vraiment la pollution du streaming ?

Le geste le plus efficace ne touche pas à vos réglages vidéo : c'est garder vos appareils longtemps. Puisque la fabrication du terminal domine l'empreinte, prolonger de quelques années la vie d'un téléviseur ou d'un smartphone pèse plus que tous les réglages de qualité réunis.

Ensuite, adaptez l'écran à l'usage : regarder seul une série sur un portable plutôt que sur un téléviseur de 65 pouces réduit nettement l'empreinte. Et préférez le Wi-Fi à la 4G ou 5G quand c'est possible, les réseaux mobiles consommant plus d'énergie par gigaoctet transmis. Baisser la définition, en revanche, relève surtout du symbole (voir la FAQ). D'autres analyses du même genre dans notre catégorie environnement numérique.

FAQ

Baisser la qualité vidéo réduit-il vraiment les émissions ?

Très peu. Le Carbon Trust a mesuré que passer de la HD à la SD change à peine le bilan : le réseau consomme une énergie quasi fixe, que vous streamiez en 480p ou en 4K. C'est l'écran qui fait la différence.

Le streaming pollue-t-il plus que la télévision classique ?

Pas vraiment. En France, la TV linéaire représente environ 70 % des usages vidéo et une part équivalente de leur impact carbone. À écran égal, streaming et TV classique se valent à peu près : c'est la taille de l'écran qui pèse.

Faut-il arrêter le streaming pour le climat ?

Les usages audiovisuels représentent 0,9 % de l'empreinte carbone de la France. Ce n'est pas rien, mais sans commune mesure avec le transport ou le chauffage. Garder son téléviseur cinq ans de plus fait davantage que supprimer ses soirées séries.

Sources

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