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IPv6, c'est quoi ? Pourquoi Internet a changé d'adresses

IPv4 est épuisé depuis 2019, IPv6 prend le relais avec 340 sextillions d'adresses. Ce que ça change pour vous, et pourquoi la France est en tête.

Par Jean Weber

Illustration d'une rue où de petites maisons aux boîtes aux lettres débordantes font face à une immense tour aux milliers de fenêtres, image de la pénurie IPv4 face à l'abondance IPv6
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Chaque appareil connecté a besoin d'une adresse IP, et l'ancien système, IPv4, est arrivé à court de numéros. IPv6, c'est son remplaçant : un stock d'adresses si vaste qu'on ne le videra jamais. Voilà ce qui a changé, et ce que ça implique pour vous : presque rien.

Pourquoi Internet a manqué d'adresses ?

Une adresse IPv4, c'est une suite de quatre nombres (du genre 192.168.0.1) codée sur 32 bits, soit 4,3 milliards de combinaisons possibles. Assez dans les années 80, quand Internet reliait quelques universités. Intenable aujourd'hui, avec 8 milliards d'humains, leurs smartphones, leurs box et leurs objets connectés.

Pensez aux numéros de téléphone : avec six chiffres seulement, il n'y en aurait jamais eu pour tout le monde. C'est arrivé à IPv4, et ce n'est pas une menace lointaine : c'est déjà fait. Le 3 février 2011, l'IANA (l'organisme qui distribue les adresses au niveau mondial) a alloué ses derniers blocs. Le 25 novembre 2019, le RIPE NCC, qui gère l'Europe, a attribué sa dernière plage. Depuis, on ne crée plus d'adresses IPv4 : on les recycle, on les revend, on les partage.

IPv6, c'est quoi exactement ?

IPv6 est la version actuelle du protocole Internet, conçue dès les années 90 pour succéder à IPv4. Ses adresses sont codées sur 128 bits au lieu de 32 et s'écrivent en hexadécimal (par exemple 2001:db8::1). Résultat : 340 sextillions d'adresses possibles, soit un 34 suivi de 37 zéros.

Ce chiffre ne parle à personne, alors voici l'image : de quoi distribuer plus de 600 millions de milliards d'adresses par millimètre carré de surface du globe, océans compris. La pénurie ne reviendra pas.

Autrement dit : IPv4, c'est une vieille rue où tout le monde se partage la même boîte aux lettres qui déborde. IPv6, c'est la tour d'à côté, avec une adresse pour chacun : chaque appareil retrouve une adresse publique bien à lui, au lieu de se cacher derrière celle de la box.

Qu'est-ce que ça change pour vous, concrètement ?

Dans l'immense majorité des cas, rien à faire : votre box et votre smartphone utilisent déjà IPv6 sans vous le dire. Les deux protocoles cohabitent (on parle de dual stack), et quand un site n'est joignable qu'en IPv4, la connexion bascule toute seule.

Trois situations font exception. Le jeu en ligne d'abord : quand l'opérateur partage une même adresse IPv4 entre plusieurs abonnés (une technique appelée CGNAT), certains jeux passent en "NAT strict" et refusent des connexions ; l'IPv6 supprime ce partage. L'auto-hébergement ensuite : un NAS ou un serveur perso derrière un CGNAT est injoignable de l'extérieur, alors qu'en IPv6 il reste accessible en direct. Enfin, si vous fouillez l'interface de votre box, par exemple pour changer de DNS, vérifiez au passage que l'IPv6 y est activé.

Où en est l'adoption d'IPv6 en 2026 ?

Cap symbolique franchi au printemps 2026 : la moitié des utilisateurs de Google accèdent à ses services en IPv6, selon la mesure continue publiée par le moteur. La bascule est enfin majoritaire, avec d'énormes écarts entre pays.

Et la France est le pays le plus avancé. D'après le baromètre de l'Arcep, son taux d'utilisation d'IPv6 atteint 75,6 % en mars 2026, devant l'Inde et l'Allemagne. Fin 2025, 94 % des clients fixe et 83 % des clients mobile avaient l'IPv6 activé. Le retard se situe côté contenus : seuls 38 % des sites web sont joignables en IPv6. Le protocole change, pas l'infrastructure : vos paquets, IPv4 comme IPv6, empruntent toujours les mêmes câbles sous-marins.

FAQ

Faut-il activer IPv6 sur sa box ?

Chez Orange, Free et Bouygues Telecom, c'est déjà fait dans la quasi-totalité des cas, et SFR progresse. Si l'option existe dans votre box, laissez-la activée : la désactiver ne protège rien.

IPv6 rend-il la connexion plus rapide ?

Pas vraiment. Il évite parfois le partage d'adresse (CGNAT), ce qui peut réduire un peu la latence, mais votre débit reste dicté par votre abonnement.

IPv4 va-t-il disparaître ?

Pas avant longtemps. Les deux protocoles cohabitent, et 62 % des sites web restent joignables uniquement en IPv4. Cette transition se compte en décennies, pas en années.

Sources

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